Le travail des abeilles

L’alimentation des abeilles ouvrières et des mâles est constitué essentiellement de miel, une substance sucrée qu’elles vont élaborer elles-mêmes à partir du nectar des fleurs ou de miellat, substance produite par des insectes à partir de la sève de certains arbres.

Le butinage

Les abeilles butineuses sont les ouvrières chargées de l’approvisionnement de la colonie. Elles se posent sur les fleurs et avec leur trompe aspirent le nectar, un liquide sucré secrété par les plantes, qu’elles stockent provisoirement dans le jabot, une petite poche à l’entrée du tube digestif. L’élaboration du miel commence dès le jabot. L’abeille produit une enzyme, l’invertase, qui va hydrolyser le saccharose du nectar en glucose et fructose.

L’abeille est dotée d’une vision trichromatique qui lui permet de percevoir les couleurs et le chemin à suivre pour localiser, au cœur de la fleur, les endroits les plus riches en nectar. Elle est très sensible au parfum dégagé par la fleur, à l’ultraviolet et aux couleurs vives comme le bleu et le jaune.

Les abeilles grattent également le pollen des étamines, l’organe mâle reproducteur des fleurs. Avec leur bouche, elles humectent le pollen et avec leurs pattes, elles fabriquent une boulette de pollen qu’elles stockent dans un« panier à pollen » situé sur les pattes arrières.

 

Le butinage par les abeilles permet indirectement la pollinisation des fleurs. La pollinisation est le mode de reproduction de la plupart des plantes. Elle consiste à transporter les grains de pollen, par l’intermédiaire d’un vecteur (insecte, vent, eau,…), depuis les étamines vers le pistil afin de féconder la fleur.

L’abeille est connue pour être le meilleur pollinisateur.  En effet, elle est capable à elle seule de :

  • butiner 250 fleurs par heure,
  • stocker sur une seule patte 500 000 grains de pollen.

Pendant chaque journée ordinaire de sa vie, une abeille butine sur 25 km d’une fleur à l’autre pour obtenir 0,5g de nectar, ce qu’il faut pour un dixième de gramme de miel. En parcourant 1500 fleurs, elle obtient 20 mg de nectar. Dans les saisons de miellées, une abeille butineuse peut même enregistrer 4000 fleurs à son compteur.

Qu’elle soit sauvage ou domestique, des 100 espèces de plantes faisant partie de nos ressources alimentaires, elle en pollinise à elle seule 71 : des légumes comme ail, asperge, aubergine, oignon, betterave, céleri, choux, courge, citrouille, moutarde, ciboulette, choux, concombre, persil, radis, navets, fève, laitue, etc… et des fruits dont amande, pêche, poire, pomme, prune, raisin, fraise, châtaigne, framboises, groseilles, …

 

 

La transformation du nectar

 Arrivée dans la ruche, l’abeille butineuse régurgite le nectar à une abeille receveuse qui, à son tour, ingurgitera ce nectar, en le mêlant à de la salive et à des sucs digestifs avant de le régurgiter. A ce stade, le miel possède une humidité de 50%. Il est alors stocké dans les alvéoles de la ruche et déshydraté par une ventilation longue et énergique effectuée par des abeilles ventileuses avec leurs ailes.

 Le miel arrive à maturité lorsque sa teneur en eau devient inférieure à 18 %, il est alors emmagasiné dans d’autres alvéoles qui seront operculés une fois remplis. Le miel ainsi stocké par les abeilles servira de réserve de nourriture pendant les saisons défavorables.

Pour produire un kilo de miel, on estime que les abeilles doivent effectuer environ 35 000 voyages, visiter 15 000 000 de fleurs, le tout représentant 15 000 heures de travail.

Le travail de l’apiculteur

 

Après le dur labeur effectué par les abeilles, tout un travail de traitement et de conditionnement est nécessaire pour aboutir à un produit fini ayant préservé toutes ses qualités gustatives d’origine. Ce travail est réalisé par l’apiculteur dans la miellerie.

 

1 . La récolte

Le miel est prêt à être récolté lorsqu’il est “mûr”, c’est à dire que les abeilles ont fini leur travail de fabrication : le miel possède alors une teneur en eau de 18 %. La récolte a lieu généralement 2 fois par an : au printemps (mai-juin) et à l’été (août), sur le lieu même où les ruches sont entreposées

Le miel se trouve sur les cadres, dans les alvéoles fermées par des opercules de cire. Les cadres de la

partie inférieure de la ruche ne doivent pas être prélevés, ils servent de réserve pour les abeilles durant l’hiver.  Ce sont uniquement les cadres de la hausse, la partie supérieure de la ruche qui vont être prélevés.

L’apiculteur doit travailler de façon à récolter le plus de miel possible sans abîmer la colonie. Avant d’extraire les cadres de hausse, il doit éloigner les abeilles en les enfumant. Il enlève ensuite le toit puis décolle doucement les cadres qui peuvent être retenus par l’amalgame de propolis. Le miel doit être présent sur les trois quarts de chaque face des cadres. Chaque hausse permet de récolter environ 20 kg de miel.

Ce travail a lieu généralement en fin d’après-midi afin de ne pas trop perturber la colonie.

 

2 . La désorperculation

Une fois ramenés à la miellerie, les cadres gorgés de miel sont désoperculés : la couche de cire qui ferme les alvéoles est enlevée pour libérer le miel. Pour ce faire, l’apiculteur utilise un couteau à désoperculer qui permet de couper avec précision la fine couche de cire qui obstrue les alvéoles.

Si le miel n’est pas encore suffisamment sec (humidité >20 %), avant la désoperculation, certains apiculteurs entreposent les hausses dans la miellerie pendant quelques jours et font fonctionner un déshumidificateur. Les hausses sont disposés en quinconce pour que les cadres soient le plus possible en contact avec l’air sec qui y circule, ce qui permet d’abaisser encore la teneur en eau du miel, gage d’une qualité optimale.

 

 

 

 

3 . L’extraction

Quand les alvéoles sont ouvertes, les cadres sont placés dans un extracteur, une cuve en inox avec un système de centrifugation, actionné par une manivelle motorisée ou manuelle. La force centrifuge permettra d’expulser le miel des cadres et de le récupérer dans la cuve.

 

 

 

 

 

4 . La filtration

Après extraction, le miel récupéré dans la cuve contient de nombreuses impuretés, notamment de la cire, du pollen et diverses matières organiques. Ces impuretés perturbent la limpidité du miel et en altèrent le goût. Il est donc indispensable de le filtrer pour obtenir un produit pur.

Pour filtrer le miel, l’apiculteur utilise un tamis inox munis de grandes mailles. Il procède ensuite à un second filtrage avec une maille plus fine, de l’ordre de 600 microns. Cette étape dure plusieurs jours, en fonction de la viscosité du miel.

Les apiculteurs produisant des quantités importantes, accélèrent cette phase en utilisant un filtre rotatif, composé d’une paroi interne grillagée de tôle recouverte d’une passoire très fine tournante pour éliminer les petites particules indésirables au cours d’un mouvement rotatif.

 

 

5 . La maturation

Après filtration, le miel est généralement stocké dans des grands fûts de 300 kg. Il repose ainsi plusieurs jours à une température d’environ 20°C pour faire remonter à la surface les éventuelles particules restantes. Il se forme à la surface une écume, provoquée par la remontée des bulles, qui est ensuite retirée.

 

 

 

 

 

 

 

6 . Le conditionnement

Le miel est enfin prêt à la consommation. Il est mis en pot, prêt à être dégusté.

 

 

 

 

 

 

 

 

7 . Le stockage

Le miel frais est toujours liquide. Pour maintenir un miel liquide ou crémeux il est conseillé de le conserver à une température de 18°C environ, dans un endroit sec, à l’abris de la lumière. Ainsi le miel ne s’abîme pas et peut se conserver plusieurs années.

Une bonne conservation du miel va permettre de garder sa qualité optimale pendant plusieurs années. Le miel contenant principalement des sucres, il est difficile aux microbes de s’y développer. Son altération éventuelle, dûe à des conditions de stockage précaires, consisterait surtout en une dégradation des sucres. On mesure la dégradation du miel en dosant le taux d’HMF (hydroxymethylfurfural), un indicateur de la dégradation du fructose. La teneur en HMF augmente au fur et à mesure que le miel devient acide ou lorsqu’il est soumis à des températures trop fortes. Son dosage permet donc de déterminer le degré d’altération du miel, dû à son âge ou à des mauvaises conditions de stockage.

Tous les miels cristallisent. De liquide, il devient petit à petit granuleux et cela est visible  après plusieurs mois de stockage. S’il est riche en glucose (ex.: Colza) il cristallise en 4 à 5 jours; s’il est riche en fructose ( ex.: Acacia) il cristallise après plusieurs mois.

La cristallisation est un processus tout à fait naturel qui ne préjuge pas de la qualité du miel. Quand le miel est figé il est possible de le liquéfier en le mettant au bain-marie sans excéder 40°C, sous peine d’altérer ses qualités nutritionnelles.

Les 4 saisons de l’apiculture

L’apiculteur ne se contente pas de récolter le miel et de le conditionner pendant l’été. Tout au long de l’année, il doit observer ses abeilles et l’évolution de la nature pour déterminer les besoins de son rucher, préparer son matériel…

 Le printemps

C’est la période la plus importante en apiculture car elle va préfigurer le reste de l’année.

Au mois de février, les abeilles d’hiver commencent à sortir de la ruche et la reine se remet à pondre. C’est un mois de transition critique pour les colonies les plus faibles. Le froid est encore très présent, les réserves de nourriture s’épuisent et les abeilles d’hiver vieillissent. Il faut veiller à ce qu’il y ait assez de pollen pour le couvain et au besoin, nourrir les abeilles avec du sirop.

L’apiculteur prépare alors la saison dans la ruche : il effectue sa première visite de l’année afin de vérifier l’état des abeilles : maladies, santé du couvain, … Il vérifier l’hygiène de la ruche et la traite contre le varroa et la loque. Les ruches mortes sont désinfectées au chalumeau.

Il renouvèle les reines déficientes et assemble, au besoin, les colonies d’abeilles et transvase les abeilles des ruchettes vers les ruches. Il effectue la transhumance pour la pollinisation.

En mars, l’activité bat son plein, il faut installer les hausses car les abeilles vont butiner de plus en plus et auront besoin de plus d’espace pour stocker pollen et nectar. Pour soutenir la croissance de la colonie, les abeilles ont besoin de beaucoup de nourriture, qu’elles puisent dans les réserves et dans la nature.

 

En avril, les variétés de fleurs se diversifient, dans les ruches, les colonies sont en pleine croissance et s’activent beaucoup, les faux-bourdons font leur apparition. C’est un mois délicat pour les ruches, à cause des variations de températures et des risques d’essaimage.

L’apiculteur doit prévenir les risques d’essaimage, en plaçant une hausse si le corps de ruche est trop rempli. Si la reine est vieille, il procède à un essaimage artificiel en divisant la ruche tout en équilibrant le couvain et les réserves. Dans la ruchette orpheline, plusieurs reines seront élevées, la plus forte tuera les autres et assurera ainsi la survie de la ruche et l’augmentation du cheptel.

Juin est le mois des premières récoltes mais, selon les conditions météorologiques du printemps, une première récolte de printemps peut être réalisée dès le mois de Mai.

 

L’été

Pendant l’été, les floraisons restent abondantes (lavande, tournesol,…). Les colonies continuent à se développer,  l’activité des abeilles est intense et les ruches atteignent leur population maximale. C’est une saison où l’on observe de très fortes miellées.

Pendant cette saison, l’apiculteur a du pain sur la planche, il doit surveiller régulièrement ses ruches pour contrôler les colonies et prélever les hausses : avec les fortes miellées et l’abondance de nourriture, les hausses sont pleines et doivent être extraites et remplacées par des nouvelles.

Avec les fortes chaleurs, il doit hydrater les abeilles en plaçant des abreuvoirs à proximité du rucher

L’été est un moment extrêmement favorable pour faire bâtir les cadres de ruche en raison du grand nombre d’abeilles cirières. En vue d’élargir son cheptel, l’apiculteur attrape de nouveaux essaims à l’aide de ruches-pièges.

En fin d’été, les abeilles suivent le cycle de la nature : les floraisons diminuent, la ponte ralentit et les risques d‘essaimage s’amenuisent. Il va falloir procéder à la grande récolte de fin de saison.

 

L’automne

Les températures descendent et les ressources s’épuisent rapidement. La ponte s’amenuise petit à petit, les colonies se préparent à traverser l’hiver.  Les butineuses ralentissent leur activité et se préparent déjà à l’hivernage. La reine pond pour remplacer les abeilles d’été. La qualité de la ponte est importante, si elle est faible, il faut stimuler la ponte avec un complément alimentaire, ou réunir deux ruches faibles.

L’apiculteur achève les préparatifs pour la mise en hivernage et s’occuper des ruches pour qu’elles puissent aborder l’hiver dans les meilleures conditions :

  • protéger les abeilles du froid et de l’humidité en surélevant la ruche,
  • défendre les abeilles contre les pillards en réduisant l’entrée de la ruche
  • vérifier les réserves de miel et s’assurer qu’elles soient suffisantes pour que les abeilles puissent passer l’hiver. Si une ruche est trop juste, après la récolte, il peut lui apporter un nourrissage de complément avec un sirop liquide.

Après la récolte du miel, vient le temps de l’évaluation de l’état de santé des abeilles. Il faut contrôler la présence d’infections (varoa, loque,..) et procéder aux traitements adaptés si nécessaire. Le matériel et les outils doivent également être désinfectés à la miellerie.

L’automne est également la période de traitement et de conditionnement du miel. Il sera ensuite stocké loin de la lumière et de l’humidité.

 

L’hiver

A partir du mois de Novembre la nature s’endort, le froid s’installe, le soleil décline, les nuits sont longues. Les abeilles vivent au ralenti et ne sortent pratiquement plus de la ruche. Elles restent regroupées en grappe dans la ruche pour se maintenir au chaud. La reine ne pond plus. Elles agitent leurs ailes pour produire un peu de chaleur. La colonie navigue d’un bout à l’autre de la ruche en fonction des réserves de nourriture.

L’apiculteur doit éviter de déranger les abeilles et donc limiter au maximum les perturbations. Il  va simplement s’assurer que les abeilles ne manquent pas de nourriture. Il effectue éventuellement un nourrissage d’appoint en plaçant dans la ruche, un pain de sucre riche en saccharose, avec une hausse vide ou avec un nourrisseur retourné.

A la miellerie, il en profite pour rénover les ruches : enlever les restes de cires et désinfecter les cadres, les corps et les hausses,  préparer les hausses, remonter les fils des cadres, repeindre des corps de ruche. Il fabriquer les feuilles de cire gaufrée à l’aide d’un gaufrier à cire. Il cherche et aménage de nouveaux emplacements, nettoie les abords du rucher ;

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